Réflexions sur la dignité | par Jacques Salomé
La dignité est un ressenti intime mais qui doit s’appuyer sur des valeurs partagées dans un environnement donné. Des valeurs comme la tolérance, la justice, l’équité, le respect des différences, la non violence ou la compassion.
C’est à la fois quelque chose que j’éprouve et dont je suis capable de témoigner par mes comportements, mes modes de vie ou la qualité de mes relations et aussi que j’attends, en miroir de la part de mon entourage. Un ensemble d’attitudes venant d’autrui qui confirmera qu’on se comporte envers moi avec dignité.
Je peux me sentir indigne de plusieurs façons. Quand je sens que j’ai transgressé une de mes valeurs et qu’ainsi je suis en désaccord, en conflit avec moi – même où quand je suis l’objet de comportements, de conduites, de violences ou d’injustices qui m’obligent à vivre dans des conditions matérielles, psychologiques ou éthique où je perds le respect de ma personne. Quand dans un rapport de force qui ne m’est pas favorable celle ci est bafouée, dévalorisée ou meurtrie par ceux qui m’entourent.
Cette femme originaire du Rwanda me racontait, qu’après avoir été violée à plusieurs reprises par des militaires, elle les avait suppliés, à genoux, de donner un peu de lait à son enfant qui mourrait de faim dans ses bras. Elle avait abdiqué sa dignité de femme pour tenter de sauver la vie de son fil et de témoigner ainsi de sa dignité de mère.
C’est ce cadre, qui licencié brutalement à la suite du rachat de l’entreprise dans laquelle il travaillait, insistait, sanglotait devant le DRH pour qu’il le maintienne dans ses fonctions, « en acceptant même un salaire moindre, des horaires majorés », car cette mise au chômage signifiait pour lui l’obligation de vendre sa maison, s’il ne pouvait plus payer les traites, l’éclatement possible de sa famille qu’il ne pourrait plus entretenir, le renoncement de deux de ses enfants à des études qu’il ne pourrait pas assumer. Il me disait « J’avais renoncé à toute dignité, et cela était d’autant plus douloureux pour moi, que j’avais en face de moi, une personne arrogante, insensible, incompétente, qui ne devait son poste qu’au fait qu’il était le neveu de nouveaux propriétaires de l’usine ! Quelques temps après j’ai retrouvé ma dignité, en refusant un poste de subalterne que cet homme me proposait et surtout en acceptant de travailler dans une autre entreprise à visage plus humain, même avec un salaire amoindri et un temps de transport supérieur…».
Un jour l’enfant d’un de mes amis, âgé de 12 ans, a pu dire à sa mère « Maman, j’ai besoin de garder toute ma dignité sur le terrain de football, alors ne crie pas tes encouragements en m’appelant mon trésor ou prunelle de mes yeux ! J’ai pas envie que mes copains se tordent de rire devant moi !».
Car la dignité n’est pas acquise une fois pour toute, elle est le résultat d’un combat permanent en soi et face à autrui. Elle est nourrie, entretenue par la manifestation d’un positionnement clair, par une recherche de cohérence entre ce que je dis et ce que je pense, entre ce que je fais et ce que je ressens, par une confiance et une estime de soi suffisamment forte pour résister à des pressions ou à des tentations qui nous délogeraient de nos valeurs. La dignité exprimé ou celle qui est reçue s’appuie sur le respect de soi et de l’autre.
Jacques Salomé est l’auteur de « Le courage d’être soi« . Pocket
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